La Règle du jeu : Biffures - Fourbis - Fibrilles - Frêle bruit

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La Règle du jeu : Biffures - Fourbis - Fibrilles - Frêle bruit Details

Faisant de lui-même une sorte d'objet d'étude, Michel Leiris (1901-1990) réalisa avec La Règle du jeu sa plus vaste entreprise autobiographique.

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Quelque part entre Mallarmé, qu??il admirait, et Claude Simon, qui lui trouvait une tête de bagnard, il ne faudrait pas oublier Michel Leiris.Proche de Sartre et de Picasso, presque aussi communiste qu??Aragon (il idola Lénine, exalta la Chine de Mao, partagea le rêve castriste), et presque aussi bourgeois que l??auteur d??Aurélien, il habitait comme lui l??une des meilleures adresses de la capitale, et disposait à Saint-Hilaire d??une superbe résidence secondaire en région parisienne, à l??instar d??Aragon à Saint-Arnoult. Passant pour le beau-frère du marchand d??art Kahnweiler, en réalité son beau-père ?? de même sa s?ur était-elle en fait sa cousine ??, sa configuration familiale s??avère complexe dès sa naissance. « Ma mère, écrit-il, désirait une fille, venant de perdre une enfant dont je n??ai vu que des portraits ; elle projetait de l??appeler Micheline. »Après L???ge d??homme (1939) où il se donnait déjà pour "un spécialiste, un maniaque de la confession", La Règle du jeu se révèle une immense entreprise autobiographique, menée sur trois décennies, et publiée initialement en quatre volumes successifs : Biffures dès 1948, puis Fourbis (1955), Fibrilles (1966), et enfin Frêle bruit (1976). Le projet de La Règle du jeu ? « L??idée de livre total. »Influencé tout à la fois par le surréalisme et par la psychanalyse, et d??une plume méticuleuse, qui ne redoute pas les constructions sophistiquées, Leiris entend réaliser la mise en mots intégrale de sa vie, sous ses aspects publics (ethnographie en Afrique, voyages en Chine et à Cuba, par exemple) et intimes (aveux sexuels, tentative de suicide), dans une anamnèse à caractère labyrinthique.Qu??il décrive par le menu la taille d??un crayon, jusqu??à l??épuisement du sujet, ou raconte s??être fait tailler une pipe (« brouter la tige ») au bousbir de Beni Ounif, l??écrivain effectue la reprise, au niveau du langage, de son existence en porte-à-faux, minée par l??autodénigrement, obérée par l??angoisse de la mort. De façon très proustienne il le note, « l??idée du temps m??a occupé jusqu??à l??obsession, tandis que s??affermissait ma folle exigence à l??égard de l??écriture, sommée de le mettre en échec. »Au risque de l??enlisement fut ainsi poursuivie durant de longues années par Michel Leiris l??aventure de La Règle du jeu, « ce livre tissé de ma vie, et devenu ma vie même, point tellement parce qu??il en contient le récit et que j??use à le fabriquer le meilleur de mon temps, mais parce qu??il est à la fois ce dont je me souviens et le souvenir que je veux laisser, un substitut de ma force défunte sans avoir jamais véritablement existé et le tombeau que je me bâtis. »